MIL POUR LE SAHEL 2008 — Cette page a été publiée le 6 septembre 2008

L’Histoire des villages de Dalla, N’Goroua et de Sénaikaye

1. La situation géographique des villages

Les villages de Dalla, N’Goroua et de Sénaikaye sont situés dans la commune rurale d’Arbinda.
Le village de Dalla est situé à 8 kilomètres à l’est du village de Gorguél. Celui de Sénaikaye est situé à 9
kilomètres au nord du village de Goguél.
Quant au village de N’Goroua, il est situé à 5 kilomètres à l’ouest de Gorguél.

2. Le contexte humain et social

A l’instar du village de Gorguél, Les trois villages sont peuplés en majorité de Foulcé. Mais on y trouve aussi d’autres groupes ethniques tels que les Peulhs, Bellas et Mossis.

Les villages ont les populations et nombres d’enfants suivants :
- Dalla : 1 500 habitants et 238 enfants
- Sénaikaye : 800 habitants et 300 enfants
- N’Goroua : 700 habitants et 155 enfants

Concernant la scolarisation des enfants, seul le village de Dalla a une école primaire publique à trois classes.
Quant aux deux autres villages, ils n’ont ni école, ni centre d’alphabétisation.
Dans les 3 villages, le taux d’analphabétisme des personnes adultes est de l’ordre de 95 %.
Au plan alimentaire, toute la région d’Aribinda est chroniquement déficitaire.

Cette situation alimentaire ressort dans le tableau ci-dessous des bilans céréaliers des campagnes de 2000 à 2005.

Tableau: Bilans céréaliers (mil et sorgho) des 5 dernières campagnes agricoles

Campagnes Productions disponibles (T) Besoins (T) Bilan (T)
2000-2001 33'387 52'465 - 19'078
2001-2002 79'230 55'696 + 23'534
2002-2003 37'762 57'124 - 19'362
2003-2004 73'414 58'724 + 14'690
2004-2005 28'662 60'368 - 31'706

Source : Direction Générale des prévisions et statistiques agricoles / Ouagadougou

S’agissant de la situation au niveau de la santé, aucun des 3 villages n’a ni un centre de santé ni un dépôt pharmaceutique. Sur le plan pathologique, les principales maladies fréquemment rencontrées dans la zone sont répertoriées comme suit:

- Paludisme
- Maladies ou infections respiratoires
- Maladies diarrhéiques
- Infections sexuellement transmissibles

2. Le contexte économique

A l’instar des villages de la commune rurale d’Aribinda, l’économie des 3 villages repose principalement sur l’agriculture et l’élevage. En effet, l’agriculture et l’élevage constituent les principales activités de production de la zone. Mais on note aussi la pratique de l’artisanat et du petit commerce.

L’agriculture qui est essentiellement vivrière occupe la quasi totalité des ménages.

Les conditions pédo-climatiques de la zone (sols sablonneux, gravillonnaires et de bas-fond, et faible pluviométrie) ne favorisent pas la pratique de plusieurs spéculations agricoles. Cette situation fait que le système de production agricole de la zone se caractérise dans son ensemble par une forte prédominance des cultures céréalières (mil, sorgho, un peu de maïs). Les populations cultivent également des légumineuses (niébé, arachide, voandzou).
L’équipement agricole est à dominance rudimentaire (daba) et les producteurs utilisent surtout les semences locales. L’application de la fumure organique se résume surtout à l’épandage des excréments d’animaux.

Cette production agricole de type traditionnel, faite sur des terres cultivables très peu répandues et en perpétuelle
dégradation, occupe la majorité de la population active. Cependant, elle répond difficilement à la demande en
besoins alimentaires. En conséquence, elle parvient rarement à dégager des excédents susceptibles de générer
des revenus monétaires.

Les rendements moyens à l’hectare des cultures céréalières sont les suivants:

- Mil : 100 kg/ha
- Sorgho : 300 kg/ha
- Maïs : 100 kg / ha
- Sésame : 150 kg/ha

On constate que le niveau global des rendements est bas. En effet, selon les instituts de recherche agricole, dans les conditions normales, les rendements moyens en système paysannat sont de l’ordre de 800 à 900 kg/ha pour le sorgho et le mil, de 1500 à 1600 kg/ha pour le maïs.

Les niveaux de production sont faibles en raison de plusieurs facteurs:

La faible pluviométrie souvent mal répartie dans le temps et l’espace;
La pauvreté des sols;
Les attaques de ravageurs et des maladies des cultures;
La faiblesse de l’équipement agricole des producteurs qui utilisent des outils rudimentaires (daba);
L’utilisation de variétés locales dont les cycles ne sont plus toujours adaptés aux évolutions pluviométriques constatées: régression globale et irrégularité des précipitations, diminution de la durée de la saison pluvieuse;
La non utilisation des semences des variétés améliorées;
La faible utilisation de la fumure organique.

Une autre cause des faibles niveaux de production la céréalière est l’attaque des criquets pèlerins que connaît de fois la région du Sahel burkinabè.
En effet, lors de la campagne agricole 2004-2005, l’invasion acridienne a réduit de 60 à 100% la production céréalière dans les villages des provinces sahéliennes (Séno, Oudalan, Soum et Yagha).

Les cultures céréalières sont presqu’exclusivement destinées à l’autoconsommation des familles.
Quant aux cultures de rente, elles n’existent pratiquement pas dans la zone. Cela amène les populations à vendre les céréales pour satisfaire leurs besoins monétaires, réduisant ainsi le stock disponible prévu pour l’alimentation des familles, d’où les risques de sous-alimentation.

Dans le système agro-pastoral, l’élevage reste la seconde activité principale par excellence d’une majorité de la population. Il est pratiqué par les Peulhs et les agro-pasteurs et vient en appoint à l’agriculture sous la forme d’élevage familial.

Le type d’élevage extensif qui est pratiqué met en péril l’environnement déjà fragilisé.
Il faut également noter que cet élevage est timidement intégré à l’agriculture.
Au plan de la santé animale, seuls, les bovins bénéficient de la vaccination.

L’élevage constitue pour les Peulhs comme pour les agro-pasteurs, un refuge de valeur.
Le gros bétail en particulier sert de moyen de thésaurisation et de placement des revenus monétaires acquis dans les autres secteurs économiques. Ceci explique en partie que ce sont la volaille et les petits ruminants qui sont plus facilement monnayés pour la résolution de bien de problèmes sociaux et économiques de la famille.

En plus de sa fonction économique, l’élevage joue traditionnellement une fonction sociale très importante. Il
pourvoit à la célébration de bien des cérémonies sociales et religieuses telles que les mariages, baptêmes, fêtes
religieuses, dots, cultes des ancêtres, commémoration funéraires, sacrifices rituels de début ou de fin de
campagne agricole, etc.

Sur le plan de l’artisanat et du commerce, les activités sont faibles. L’artisanat est surtout utilitaire et exercé généralement en saison sèche. Il est constitué du tissage de nattes et de vans pour l’artisanat des femmes et de la fabrication des dabas, pioches, manches de daba pour l’artisanat masculin. L’artisanat masculin est surtout exercé par les forgerons dont le clan est beaucoup respecté par la population.
Quant aux hommes, ils sont surtout dans le secteur du commerce qui s’exerce beaucoup plus pendant la saison sèche.

L’analyse des activités économiques et des facteurs qui les influencent négativement montre que les revenus des populations de la zone sont faibles par rapport aux besoins.
De plus, les conditions de vie qui caractérisent la zone (pénurie d’eau, déficit de la production agricole) sont précaires.
La résultante de ces conditions de vie et de la faiblesse des revenus monétaires aggrave la situation d’insécurité alimentaire et de pauvreté des populations de la zone.

3. Les spécificités caractéristiques des villages

Outre les préoccupations communes évoquées ci-dessus, chaque village a ses spécificités.

Le village de Dalla

Population estimée à 1'500 habitants.

Aussi, malgré l’importance du cheptel dans le village, il n’y a pas de parc de vaccination des animaux (plus de 1'500 bovins). Cette situation ne favorise pas la lutte contre les épidémies des animaux.

Le village de N’Goroua

Le village de N’Goroua n’a jusque-là aucune infrastructure socio-économique. En effet, il ne dispose ni de centre d’alphabétisation, ni d’école.

De plus, les populations bien que dynamiques ne se sont pas pour l’instant organisées en groupements ou associations de développement.

Parmi les quatre (4) villages, le village de N’Goroua est le moins nanti sur le plan d’appuis aux actions de développement local.

Le village de Sénaikaye

A l’instar des villages de Dalla et de N’Goroua, le village de Sénaikaye ne dispose pas d’école primaire publique pour une scolarisation de proximité de ses enfants. L’absence d’école dans le village a amené certains parents à inscrire leurs enfants à l’école primaire publique du village de Gorguél.

Fait le 22 août 2008
Djibril Koura

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